gérér une équipe

Peut-on trouver question plus simple ? Le croirez-vous, j’ai fait, comme il se doit, avant d’écrire ce papier des recherches sur le Net et pas un seul article ne répond à cette question !

J’ai donc décidé d’en parler autour de moi. D’en parler et de questionner. Certains n’ont pas hésité à répondre par l’affirmative, d’autres par un non franc, enfin certains de mes interlocuteurs se sont réfugiés dans une réponse peu engagée… « Si un manager fait partie de son équipe ? Oui et non… ».

Oui !

Plaçons-nous du côté des premiers. Un manager fait partie de son équipe. Quand on parle par exemple du Marketing dans l’entreprise, on dira facilement l’équipe Marketing et on inclura le manager et tous ceux qui composent l’équipe en question. Encore plus évident, n’organise-t-on pas des team-building dans lesquels membres de l’équipe et manager ne font qu’un ? Cela veut bien dire qu’ils peuvent interagir sur un même pied d’égalité.

N’apprécie-t-on pas un manager dont on dit qu’il a « les mains dans le cambouis » ? Comme pour dire qu’il participe activement aux activités de l’équipe au même titre que les autres membres ?

Non !

Envisageons à présent la réponse inverse. Un manager ne saurait faire partie de son équipe. Il y a d’une part les membres de l’équipe avec des rôles et des compétences spécifiques et de l’autre celui qui anime, qui booste, qui supervise, qui soutient : le manager. On ne saurait les placer sur le même plan. Avec pour arguments quelques évidences… Comment animer une équipe dont on fait partie ? Comment conserver sa place de manager si on se met au même niveau hiérarchique que l’équipe ?

Ni pour, ni contre… bien au contraire !

Comme il y a manifestement des arguments favorables au Pour comme au Contre, doit-on en conclure que la réponse à la question posée serait… normande : « oui et non » ? 

Ce n’est pas le point de vue que je défends. Allez, un peu de provocation ! Si le manager fait partie de l’équipe, qui la manage ? Le manager ! Me répondrez-vous. Ce qui signifierait qu’il a une double casquette : c’est un manager et c’est un membre de l’équipe… Si c’est un membre de l’équipe, les autres membres sont ses collègues… J’entends déjà grincer quelques dents… Certes, l’entreprise est une grande famille, on est tous des frères, on s’aime et on va tous dans la même direction… ou presque. Mais quand même ! 

Le management a évolué. C’est indéniable. On parle aujourd’hui de « courage managérial », « d’humilité du manager »… Il y a quelques décennies la question ne se posait même pas. Le chef (hé oui, c’est plutôt ainsi qu’on le nommait) était par essence courageux. Humble ? Pourquoi aurait-il été humble ? L’autorité a-t-elle besoin d’humilité ? Non, c’était à ceux qui étaient dirigés d’être humbles et respectueux de cette autorité. Les mœurs ont évolué, et il est désormais quasiment impossible de manager comme on le faisait il y a 30 ans (essayez, vous verrez !), tout simplement parce que les attentes des collaborateurs ne sont plus les mêmes (Parlez-en à la Génération Y… Ils verront de quoi je parle !). 

Les écarts se sont réduits entre les différentes strates hiérarchiques en entreprise. Il arrive qu’on tutoie son manager, qu’on aille déjeuner avec lui le midi, qu’on partage des informations sur sa vie personnelle. Ces nouveaux liens relationnels ont parfois rendu la frontière hiérarchique poreuse entre les managers et les membres de leurs équipes. Certains managers se croient obligés de faire copain/copine avec leurs équipes, jusqu’au jour où, lors d’un entretien de recadrage nécessaire, le retour de bâton vient leur rappeler qu’ils n’ont pas le même positionnement.

On a beau y mettre la plus grande modernité et la plus grande humilité du monde, le manager reste le supérieur hiérarchique. A ce titre, il a des droits et des devoirs que les autres n’ont pas. En le niant, il démissionne de son statut managérial. Prendre des décisions, donner du feed-back, partager avec les autres des informations ou au contraire faire de la rétention d’informations lorsque c’est nécessaire… cela fait partie des tâches classiques d’un manager. 

Cela nécessite parfois d’accepter l’idée de ne pas être toujours populaire et aimé par l’ensemble des collaborateurs. Comme dirait l’autre « on ne peut pas plaire à tout le monde… ». 

Carpette ou tyran ?

Certains managers ont fléchi vers la passivité, celle qui consiste à vouloir brosser le plus souvent les collaborateurs dans le sens du poil, c’est moins fatigant et surtout moins susceptible de provoquer des conflits (qui aime ça ?). D’autres ont assis leur autorité en étant cassant, sans aucune souplesse, avec une fermeté extrême. Ils estiment que le meilleur moyen d’obtenir ce que l’on veut, c’est d’être craint par ceux qu’on manage. 

Malheureusement, au final, le même sort est souvent réservé à ces deux approches pourtant bien différentes. Des premiers, malgré leur extrême gentillesse, on finira par dire d’eux qu’ils n’ont pas l’étoffe d’un manager, qu’ils sont faibles, qu’ils se laissent marcher sur les pieds. On en viendra à douter qu’ils détiennent une véritable autorité de compétences. Pour les seconds, ils écoperont du surnom, souvent bien mérité, de tyran ou de despote. Si certains courberont l’échine, on ne s’étonnera pas d’observer de plus en plus de collaborateurs ne voulant pas travailler avec eux. Ils sortiront d’eux-mêmes de l’équipe ou éviteront d’y entrer s’ils n’en font pas encore partie.

Comment être un bon manager ?

La liste d’articles ou d’ouvrages tentant de répondre à cette question est impressionnante ! S’il ne faut ni être trop passif ni être trop autoritaire, peut-être que la réponse se trouve ailleurs. Peut-être s’agit-il d’être juste. Tout simplement juste. 

En se plaçant, même symboliquement au sein de l’équipe qu’on manage, ne devient-on pas juge et partie ? Est-on alors vraiment légitime en tant que manager ?

Est-on alors le mieux placé pour entrainer, guider, recadrer, booster les autres ? Le mieux placé pour être un manager-coach ?

Qu’en est-il dans le domaine sportif ? Ceux qui sont sur le terrain (les joueurs) agissent et l’entraineur est hors du terrain. Il crie des encouragements ou fait part de son mécontentement, avant après, parfois pendant le match. Mais il ne fait pas partie de l’équipe. Il est proche d’eux, il les soutient, il vise avec eux les mêmes objectifs… Mais il ne fait pas partie de l’équipe !

Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le manager ? Chacun a sa place dans l’entreprise. Si le manager ne reste pas à la sienne, il y a fort à parier que certains membres de son équipe ne resteront pas non plus à la leur.

Conclusion : manager ne s’improvise pas ! Une bonne formation ou un coaching peuvent souvent aider les managers en difficulté ou les managers débutants à trouver une posture plus confortable et plus efficace.

Auteur : Frédéric Levy

Source : RH info

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